Le bruit du trafic routier semble augmenter le risque de diabète
Métropole de Lyon. Photo libre d’utilisation par DavalB. Pixabay
Février 2026
Le diabète de type 2 est un enjeu majeur de santé publique. Si les facteurs personnels comme l’alimentation ou l’activité physique sont bien connus, les influences environnementales restent encore peu étudiées. Une étude menée dans la cohorte E3N‑Générations, dans le cadre du projet BROUHAHA, apporte un éclairage inédit sur l’impact du bruit des transports sur le risque de développer un diabète de type 2.
Une des hypothèses serait que les nuisances sonores pourraient induire un stress physiologique, avec une libération excessive d’hormones (cortisol, adrénaline, dopamine…) et d’acides gras libres, entraînant des modifications du métabolisme susceptibles d’augmenter le risque de diabète de type 2.
Pourquoi et comment étudier le bruit des transports ?
Selon le rapport de l’European Environment Agency de juin 2025, le bruit des transports représente la troisième nuisance environnementale impactant la santé après l’exposition à la pollution de l’air et aux températures « non-optimales ». En Europe en 2021, le bruit serait responsable de 66 000 décès, 50 000 maladies cardiovasculaires et 22 000 cas de diabète de type 2.
Le bruit se mesure en décibels (dB). Il est estimé à l’aide de deux indicateurs :
- Lden (Level day-evening-night) qui correspond au niveau de bruit moyen sur 24h
- Lnight (Level night) qui correspond au niveau de bruit entre 22h et 6h. Le bruit nocturne est particulièrement pertinent pour évaluer les perturbations du sommeil.
L’échellle de décibels (dB) et risques associés. Source : BruitParif
En 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé des valeurs de recommandations entre 45 et 54 dB pour l’exposition au bruit des transports sur 24 heures. Ces recommandations s’appuient sur plusieurs études montrant qu’au-delà de ces niveaux, des effets extra-auditifs peuvent apparaître : des troubles du sommeil, une gêne accrue, des difficultés de concentration, des retards dans les apprentissages et une augmentation des risques cardiovasculaires.
En France, environ 21,2 millions de personnes sont exposées à de forts niveaux de bruit routier, 2,5 millions à de forts niveaux de bruit ferroviaire et 590 000 à de forts niveaux de bruit aérien (Lden > 55 décibels). La France est le troisième pays européen le plus exposé aux bruits des transports après Chypre et le Luxembourg.
Une étude d’envergure : 19 000 femmes suivies pendant 15 ans
Cette étude s’est appuyée sur les données de 18 926 femmes de la première génération de la cohorte E3N-Générations ayant résidé en région Île‑de‑France ou Auvergne-Rhône‑Alpes de 2000 à 2014. Au début du suivi, leur âge moyen était de 59 ans. Elles ont répondu à des questionnaires réguliers sur leur mode de vie et leur état santé. Ces données ont été complétées par celles de la MGEN sur les remboursements de médicaments antidiabétiques permettant d’identifier de manière fiable les nouveaux cas de diabète de type 2. Au cours du suivi, 825 nouveaux cas de diabète de type 2 ont été identifiés (388 en Auvergne-Rhône-Alpes et 437 en Île-de-France).
Pour chacune des participantes, les indicateurs Lden et Lnight pour les 3 types de bruit des transports (routier, ferroviaire et aérien) ont été estimés chaque année entre 2000 et 2014, en rapprochant leurs adresses de résidence des cartes de bruit stratégiques développées par les observatoires du bruit de ces deux régions (Bruitparif et Acoucité).
Cette approche a permis une reconstruction très précise des niveaux sonores auxquels chaque participante a été exposée annuellement, en tenant compte de ses éventuels changements d’adresses.
Méthodologie et limites de l’étude
Les associations entre bruit et risque de diabète de type 2 ont été étudiées à l’aide de modèles statistiques ajustés pour de nombreux facteurs personnels : activité physique, tabac, alimentation, indice de masse corporelle, antécédents familiaux de diabète de type 2, niveau d’éducation, prise de traitements hormonaux.
L’exposition à la pollution atmosphérique, en particulier au dioxyde d’azote et aux particules fines, a également été estimée et prise en compte dans les analyses. Cette rigueur méthodologique renforce la robustesse des résultats.
L’étude présente toutefois quelques limites, notamment l’absence d’informations sur les caractéristiques individuelles pouvant influencer l’exposition au bruit (capacité auditive, qualité de l’isolation du logement, sommeil, temps passé au domicile…). De plus, le bruit au travail n’a pas été pris en compte, alors que de nombreuses participantes exerçaient dans le milieu scolaire, un environnement potentiellement bruyant.
Résultats
10 % des femmes n’étaient exposées à aucun bruit des transports, 51 % étaient exposés simultanément aux bruits routier et ferroviaire, 29 % au bruit routier uniquement et 4 % étaient exposées aux trois sources de bruit (routier, ferroviaire et aérien). Les autres combinaisons d’exposition (routier + ferroviaire, aérien seulement, etc.) concernaient une proportion très faible de la population.
Premier enseignement de l’étude : globalement, les expositions au bruit liées aux transports routier et aérien ont fortement diminué entre 2000 et 2014. Cependant, les niveaux sonores restent supérieurs aux recommandations de l’OMS. Par exemple, dans ces deux régions urbaines, les femmes étaient exposées au bruit du trafic routier en moyenne à 61,3 décibels (Lden), alors que l’OMS préconise de ne pas dépasser le seuil de 53 décibels, niveau à partir duquel des impacts sanitaires liés à une exposition chronique au bruit ont été montrés.
Deuxième enseignement : pour chaque augmentation de 10 décibels du bruit du trafic routier, une augmentation de 8 % du risque de diabète de type 2 a été observée. L’association est encore plus marquée pour le bruit nocturne, suggérant que les perturbations du sommeil pourraient jouer un rôle. La prise en compte de la pollution de l’air renforce ces résultats : les effets du bruit du trafic routier sont renforcés chez les femmes exposées à des niveaux élevés de dioxyde d’azote ou de particules fines.
En revanche, aucune association n’a été observée pour le bruit ferroviaire ou le bruit lié au trafic aérien. Probablement parce qu’un nombre plus faible de participantes y étaient exposées à des niveaux élevés.
- En savoir plus sur le bruit lié au trafic routier (Lden)
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En 2000, 88,5 % des femmes étaient exposés au bruit routier avec un niveau sonore moyen de 61,3 décibels.
Les cartes ci-dessous représentent l’exposition au bruit routier (en 5 catégories) à l’adresse résidentielle en 2000 dans les deux régions étudiées :
Comme attendu, les grandes métropoles sont les plus exposées au bruit routier : Paris , Lyon, Grenoble, Saint Etienne, Clermont-Ferrand et Annecy notamment.
En Auvergne-Rhône-Alpes, les niveaux d’exposition au bruit routier étaient très contrastés, avec des niveaux sonores à la fois très bas et très élevés (5 % des femmes étaient exposées à des niveaux < 45 dB et 1 % exposées à des niveaux > 75 dB). À l’inverse, l’Île-de-France se caractérise par une exposition plus homogène, avec des niveaux sonores globalement élevés mais avec peu de situations extrêmes (seulement 1 % des femmes exposées à des niveaux < 45 dB et 0,6 % exposées à des niveaux > 75 dB).
La figure ci-dessous présente l’évolution des pourcentages de femmes exposées à des niveaux de bruit routier, selon les seuils recommandés par l’OMS et ceux fixés par la réglementation française, entre 2000 et 2014.
En 2000, 16 % des femmes étaient exposées à des niveaux de bruit routier dépassant les seuils fixés par la réglementation française. Cette proportion a presque été divisée par deux en l’espace de 15 ans, pour atteindre 7 % en 2014. La proportion de femmes exposées à des niveaux inférieurs aux recommandations de l’OMS a légèrement augmenté au cours de la période d’étude, passant de 12 à 18 %. Ces évolutions sont encourageantes.
- En savoir plus sur le bruit lié au trafic ferroviaire (Lden)
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En 2000, 57 % des femmes étaient exposées au bruit ferroviaire avec un niveau sonore moyen de 43,2 décibels.
La figure ci-dessous présente l’évolution, entre 2000 et 2014, des pourcentages de femmes exposées à des niveaux de bruit ferroviaire, selon les seuils recommandés par l’OMS et ceux fixés par la réglementation française.
Un peu plus de 83 % des femmes de l’étude étaient exposées à des niveaux sonores conformes aux recommandations de l’OMS. Cette proportion est restée stable au cours de la période.
- En savoir plus sur le bruit lié au trafic aérien (Lden)
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En 2000, 7,7 % des femmes de notre étude (quasiment toute résidentes en Île-de-France) étaient exposées au bruit aérien avec un niveau sonore moyen de 51,4 décibels.
La figure ci-dessous présente l’évolution, entre 2000 et 2014, des pourcentages de femmes exposées à des niveaux de bruit aérien, selon les seuils recommandés par l’OMS et ceux fixés par la réglementation française.
En 2000, 21 % des femmes étaient exposées à des niveaux de bruit aérien dépassant les seuils fixés par la réglementation française. Cette proportion a presque été divisée par deux en l’espace de 15 ans, pour atteindre 12 % en 2014. En revanche, la proportion de femmes exposées à des niveaux inférieurs aux recommandations de l’OMS est restée stable tout au long de la période d’étude, autour de 10 %.
Ce qu’il faut retenir de cette étude
C’est l’étude la plus importante réalisée en France sur le sujet. Elle a mis en évidence une augmentation de 8 % du risque de diabète de type 2 pour chaque augmentation de 10 décibels du bruit du trafic routier, confirmant les données déjà rapportées dans la littérature scientifique.
Même si, globalement, les expositions au bruit lié aux transports routier et aérien ont fortement diminué entre 2000 et 2014 en Ile-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, les niveaux sonores restent supérieurs aux recommandations de l’OMS.
Comment réduire l’exposition au bruit du trafic routier ?
Ces résultats soulignent que le bruit lié au trafic routier n’est pas seulement une gêne dans la vie quotidienne : il peut contribuer, sur le long terme, à altérer la santé métabolique.
Au niveau individuel, des mesures simples peuvent réduire l’exposition à cette nuisance sonore : privilégier des logements éloignés des axes routiers très bruyants ; renforcer l’isolation phonique des fenêtres ; si c’est possible, choisir comme chambres à coucher les pièces situées côté cour ou jardin et, si ce n’est pas possible, limiter l’ouverture des fenêtres la nuit.
Au niveau collectif, les initiatives visant à développer des zones d’habitation calmes et à modérer ou à ralentir le trafic routier sont à encourager. Utiliser et développer des revêtements de route plus silencieux serait également une bonne politique pour réduire les émissions de bruits.
Pour en savoir plus :
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