L’exposition aux PFAS diminue d’une génération à l’autre

PFAS

Photo par Robert. Adobe Stock #778800432. Collection gratuite

 

Septembre 2026

Au cœur de l’actualité avec l’entrée en vigueur début 2026, en France, d’une loi [i] visant à interdire plusieurs usages des PFAS, ces substances font l’objet d’une attention croissante de la part des chercheurs et des autorités sanitaires.

Que sont les PFAS ?

Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, regroupent plusieurs milliers de composés synthétiques développés par l'industrie depuis les années 1940. Leurs propriétés particulières, notamment leur résistance à l'eau, aux graisses et à la chaleur, ont conduit à leur utilisation dans de nombreux produits du quotidien : poêles antiadhésives, textiles imperméables, emballages alimentaires, mousses anti-incendie ou encore certains cosmétiques. 

Ces substances présentent une caractéristique préoccupante : elles se dégradent très lentement dans l'environnement. Elles peuvent ainsi persister pendant des années, voire des décennies, dans les sols, les cours d'eau, les aliments et les organismes vivants. Cette persistance leur a valu le surnom de « polluants éternels ». 

Depuis mai 2009, en raison des inquiétudes concernant leurs effets néfastes potentiels sur la santé et les écosystèmes, leur utilisation est strictement restreinte en Europe et la production de certaines molécules (comme le PFOA et le PFOS) est interdite.

Une étude menée sur deux générations de femmes

Le projet de recherche BETA, coordonné par la chercheuse Francesca Romana Mancini, s’appuie sur l’originalité de la cohorte familiale E3N-Générations. Il vise à étudier l’exposition aux PFAS chez deux générations successives de femmes, afin de mieux comprendre l’évolution de cette exposition au fil du temps et ses effets potentiels sur la santé.

Nous avons analysé les échantillons sanguins de 250 femmes de la première génération de la cohorte, prélevés entre 1995 et 1999, et ceux de leurs filles (au nombre de 263) prélevés en 2024. Les concentrations de 32 différents PFAS présents dans le sang ont été mesurées. Il est important de souligner que les femmes de la première génération avaient 50 ans (en moyenne) entre 1995-1999 et que celles de la deuxième génération avaient aussi 50 ans (en moyenne) en 2024, ce qui signifie que les deux générations ont eu un « temps d’exposition environnementale » similaire.

Nous avons également dosé plusieurs biomarqueurs hormonaux et métaboliques. Un biomarqueur est un indicateur biologique mesurable qui renseigne sur le fonctionnement de l'organisme. C’est une sorte de témoin biologique. Dans cette étude, les analyses ont porté sur la testostérone et le SHBG (deux hormones sexuelles), la TSH (hormone qui reflète l'activité de la thyroïde), et sur différents lipides (les triglycérides et le cholestérol).

Résultats

Une baisse de l’exposition aux PFAS depuis les années 1990

C’est l’enseignement important de l’étude : les analyses des PFAS circulant dans le sang des femmes des deux générations ont révélé une diminution globale des niveaux de contamination entre les années 1990 et 2024.

Cette diminution est particulièrement remarquable pour le PFOA et le PFOS : entre 80 et 90 % de réduction. Les concentrations moyennes de PFOA sont passées d’environ 5,8 ng/mL chez les femmes de la première génération à 0,9 ng/mL chez leurs filles. Pour le PFOS, les concentrations sont passées d’environ 14,1 ng/mL à 1,6 ng/mL.

Cette évolution est une bonne nouvelle pour la santé publique. Les mesures réglementaires mises en place depuis plusieurs décennies pour limiter la production et l'utilisation des PFAS ont vraisemblablement largement contribué à réduire l'exposition de la population française. 

Restons toutefois vigilants ! Malgré cette diminution encourageante, le PFOS et le PFOA demeurent parmi les substances les plus fréquemment détectées dans le sang des participantes de la deuxième génération. Leur présence persistante s'explique par leur stabilité chimique exceptionnelle et par le fait qu'ils continuent de circuler dans les sols, l'eau et certains aliments. Même en faible quantité, ils représentent un risque pour la santé.

Tableau récapitulatif des concentrations moyennes de certains PFAS présents dans le sang des femmes E3N-Générations 

PFAS étudié

Concentration moyenne chez les mères (1990-1995)

Concentration moyenne 
chez les filles 
(2024)

% de 
réduction

Année d’interdiction ou de restriction

Perfluorodecanoic acid (PFDA)

0.18 ng/mL

 

0.13 ng/mL

 

~30%

 

2023 (restriction)

Perfluorononanoic acid (PFNA)

0.52 ng/mL

 

0.33 ng/mL

 

~40%

 

2023 (restriction)

Perfluoroundecanoic acid (PFUnDA)

0.13 ng/mL

 

0.09 ng/mL

 

~30%

 

2023 (restriction)

Perfluorohexanesulfonic acid (PFHxS)

1.4 ng/mL

 

1.0 ng/mL

 

~30%

 

2022 (interdiction)

Perfluorooctanoic acid (PFOA)

5.8 ng/mL

 

0.89 ng/mL

 

~80%

 

2020 (interdiction)

Linear isomer of perfluorooctanesulfonic acid (n-PFOS)

14.1 ng/mL

 

1.6 ng/mL

 

~90%

 

2009 (interdiction)

Total PFOS

27.3 ng/mL

 

3.0 ng/mL

~90%

 

2009 (interdiction)

Du côté des marqueurs biologiques : associations des PFAS avec certaines hormones

Les analyses ont montré que des concentrations plus élevées de PFAS étaient généralement associées à des concentrations plus élevées de testostérone.

À l'inverse, les femmes les plus exposées aux PFAS présentaient en moyenne des concentrations plus faibles de TSH, l’hormone utilisée pour évaluer le fonctionnement de la thyroïde.

Ces résultats renforcent l'hypothèse selon laquelle les PFAS pourraient agir comme des perturbateurs endocriniens. Les perturbateurs endocriniens sont des substances capables d'interférer avec les hormones, qui jouent un rôle essentiel dans de nombreuses fonctions de l'organisme, comme la croissance, la reproduction, le métabolisme ou encore la régulation de l'énergie. 

Des associations également observées sur le métabolisme

Nous avons également étudié les liens entre les PFAS et différents lipides qui sont des indicateurs du métabolisme des graisses. 

En considérant l’exposition aux PFAS globalement, nous avons observé des concentrations plus faibles de cholestérol HDL, souvent appelé « bon cholestérol » car il participe au transport du cholestérol vers le foie où il peut être éliminé. 

En les distinguant, nous avons observé que certains PFAS étaient associés à des concentrations plus élevées de cholestérol LDL, parfois qualifié de « mauvais cholestérol » lorsqu'il est présent en excès dans le sang. 

Comme toutes les études observationnelles, ce travail permet d'identifier des associations mais ne peut pas démontrer à lui seul qu'une exposition aux PFAS est directement responsable des modifications biologiques observées. De nombreux autres facteurs peuvent influencer les concentrations hormonales ou métaboliques. Si ces résultats doivent donc être interprétés avec prudence, ils s'ajoutent à un nombre croissant de travaux scientifiques suggérant que les PFAS auraient des effets sur plusieurs fonctions biologiques.

Qu’en est-il des effets d’une génération à l’autre ?

L'un des objectifs du projet BETA est d'explorer la possibilité d'effets transgénérationnels des perturbateurs endocriniens, c'est-à-dire d'effets susceptibles d'influencer la santé des générations suivantes. Nous avons donc comparé les concentrations de PFAS chez les mères et leurs filles, puis étudié si l'exposition des mères pouvait être associée aux biomarqueurs mesurés chez leurs filles à l'âge adulte.

Si aucune association claire n'a été ici mise en évidence, nous rappelons que l'étude des effets transgénérationnels est particulièrement complexe et nécessite des suivis très longs ainsi que des effectifs importants.

En conclusion : quels messages retenir ?

Cette étude révèle une information encourageante : l'exposition aux PFAS a diminué chez les femmes françaises depuis 1990. Cette diminution de la contamination du sang par les PFAS est certainement la conséquence positive des réglementations restrictives progressivement mises en place sur ces substances. Preuve supplémentaire que les décisions politiques peuvent avoir un impact sur la santé publique.

L’étude montre néanmoins que certains PFAS restent présents en 2024 dans le sang des participantes et qu'ils sont associés à des variations de plusieurs biomarqueurs hormonaux et métaboliques. 

À l'échelle individuelle, s’il est difficile d'éviter totalement les PFAS, certaines habitudes et des gestes simples peuvent contribuer à limiter son exposition : remplacer ses ustensiles de cuisine usés (en particulier les poêles) par d’autres n’ayant aucun revêtement antiadhésif, limiter l'utilisation d'emballages alimentaires résistants aux graisses (boîtes ou papiers à hamburgers, pizzas, frites, pop-corn…) et favoriser une alimentation variée.


En savoir plus :

Télécharger l’article scientifique publié dans la revue Environment International (en anglais) :

Mancini FR, Perrin C, Billmann R, Blanché H, Frénoy P, Ren X, Petitjean G, Pommereuil R, Cano-Sancho G, Le Bizec B, Antignac JP, Severi G. PFAS internal exposure levels across two generations and endocrine-metabolic biomarker associations in women from the French E3N-Generations cohort. Environ Int. 2026 Aug 14;215:110462. doi: 10.1016/j.envint.2026.110462. Online ahead of print.


[i] Sur l’interdiction progressive des PFAS en France et en Europe : 

https://www.economie.gouv.fr/entreprises/tout-savoir-sur-linterdiction-progressive-des-pfas